Dieu pourrait-il avoir un Fils ?

Les chrétiens adorent-ils trois dieux ?

Il arrive aux chrétiens comme aux musulmans de juger injustement, et cela n’est pas bon. On déplore parfois chez l’autre des croyances auxquelles il n’adhère même pas. Certains chrétiens considèrent tous les musulmans coupables de soutenir des actes violents commis par certains de leurs frères, alors que ce n’est pas le cas. Certains musulmans condamnent sévèrement les chrétiens pour des croyances que les vrais chrétiens n’ont jamais acceptées, ou bien ces musulmans condamnent des doctrines sans les comprendre.

Les chrétiens et les musulmans adorent tous le même Être Suprême, Créateur de toutes choses. On est tous d’accord sur le devoir de l’honorer, de connaître sa volonté pour les hommes, de le servir, de s’humilier devant sa grandeur et de l’aimer de tous nos cœurs. Par contre, nous avons des idées divergentes sur sa nature. La divergence est réelle, mais elle n’est pas aussi grande qu’on ne le pense, en partie parce que beaucoup de musulmans ne savent pas ce que la foi chrétienne enseigne à ce sujet. (Et encore, rappelons-nous que pas mal de soi-disant chrétiens connaissent mal les vérités enseignées dans leur propre Bible, quand bien même elle est disponible dans leurs langues maternelles. Comme nous l’avons dit précédemment, il ne faut pas rejeter le christianisme à cause de ceux qui le connaissent ou le pratiquent mal.)

« Ne dites pas : Il y a trois dieux »

Mohamed, tout comme nous, avait affaire à des chrétiens qui connaissaient mal la Bible. Parmi ceux qui portaient le nom de chrétien en Arabie au temps de Mohamed étaient des gens dont les croyances étaient très différentes des croyances de la plupart de ceux qui se considèrent chrétiens, et ce qui est plus important, très différentes de ce qu’enseigne la Bible. C’était sûrement de ces hérétiques que le Coran parle dans la Sourate 4, aya 171 : « Croyez donc en Allah et en Ses messagers. Et ne dites pas “Trois.” Cessez ! Ce sera meilleur pour vous. Allah n’est qu’un Dieu unique. » Ou encore, dans la Sourate 5:116 : « Allah dira : “Ô Jésus, fils de Marie, est-ce toi qui as dit aux gens : ‘Prenez-moi, ainsi que ma mère, pour deux divinités en dehors d’Allah ?’” » Même si ces gens du temps de Mohamed connaissaient mal la Bible et croyaient en plusieurs dieux, les musulmans aujourd’hui ont besoin de comprendre que ce n’est pas ce que croyaient les premiers disciples de Jésus, et ce n’est pas ce que la vaste majorité d’Églises enseignent de nos jours.

Considérez ces passages de la Torah et de l’Injil :

Deutéronome 6.4 : « Écoute, Israël ! L’Éternel, notre Dieu, est le seul Éternel. »

Ésaïe 45.21-22 : « Il n’y a point d’autre Dieu que moi, je suis le seul Dieu juste et qui sauve… Je suis Dieu et il n’y en a point d’autre. »

Marc 12.29,30 : « Jésus répondit : Voici le premier [commandement] : Écoute, Israël, le Seigneur, notre Dieu, est l’unique Seigneur ; et : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ta pensée, et de toute ta force. »

Romains 3.30 : « Il y a un seul Dieu, qui justifiera par la foi les circoncis, et par la foi les incirconcis. »

Jacques 2.19 : « Tu crois qu’il y a un seul Dieu, tu fais bien. »

Vous voyez donc que la Bible des chrétiens n’enseignent pas qu’il y a trois dieux distincts ; il y a un seul Dieu. Ajoutons que la Bible n’autorise nulle part aux hommes de vouer un culte quelconque à Marie, la mère de Jésus. Les hommes ont très mal fait d’en faire une sorte de déesse. Elle s’est bien dite « la servante du Seigneur » (Luc 1.38).

« Il ne s’est donné ni compagne ni enfant. »

Une autre idée que le Coran condamne, une idée qui a dû être enseignée par de faux chrétiens au temps de Mohamed, est que Dieu avait eu des rapports sexuels avec Marie afin qu’elle mette au monde l’enfant Jésus. Quel blasphème ! Je ne connais aucun chrétien qui accepte une telle idée monstrueuse. Le Coran dit dans la Sourate 6 – Al-Anam, aya 101 : « Créateur des cieux et de la terre. Comment aurait-il un enfant quand il n’a pas de compagne ? », et dans la Sourate 72 – Al-Jinn, aya 3 : « En vérité notre Seigneur – que Sa grandeur soit exaltée – ne S’est donné ni compagne, ni enfant ! ». Dans de tels passages le Coran ne s’adresse ni à l’Église du premier siècle ni aux Églises modernes, car nous ne croyons pas que Dieu ait épousé Marie ou qu’il ait eu des rapports sexuels avec elle.

En réalité, il y a une ressemblance frappante entre le récit de la conception de Jésus contenu dans la Bible et le récit que contient le Coran. Lisez les deux, et vous verrez que les deux versions s’accordent :

« Au sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, auprès d’une vierge fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph. Le nom de la vierge était Marie. L’ange entra chez elle, et dit : Je te salue, toi à qui une grâce a été faite ; le Seigneur est avec toi. Troublée par cette parole, Marie se demandait ce que pouvait signifier une telle salutation. L’ange lui dit : Ne crains point, Marie ; car tu as trouvé grâce devant Dieu. Et voici, tu deviendras enceinte, et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus… Marie dit à l’ange : Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme ? L’ange lui répondit : Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C’est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu. Voici, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils en sa vieillesse, et celle qui était appelée stérile est dans son sixième mois. Car rien n’est impossible à Dieu. Marie dit : Je suis la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon ta parole ! » (Luc 1.26-38)

Suivez maintenant le récit du même événement tel qu’il est relaté dans le Coran :

« Marie, quand elle se retira de sa famille en un lieu vers l’Orient, elle mit entre elle et eux un voile. Nous lui envoyâmes Notre Esprit (Gabriel), qui se présenta à elle sous la forme d’un homme parfait. Elle dit : “Je me réfugie contre toi auprès du Tout Miséricordieux. Si tu es pieux, [ne m’approche point]” Il dit : “Je suis en fait un Messager de ton Seigneur pour te faire don d’un fils pur”. Elle dit : “Comment aurais-je un fils, quand aucun homme ne m’a touchée, et que je ne suis pas prostituée ?” Il dit : “Ainsi sera-t-il ! Cela M’est facile,” a dit ton Seigneur ! Et nous ferons de lui un signe pour les gens et une miséricorde de notre part. C’est une affaire déjà décidée. » (Sourate 19 – Maryam, ayat 16-21).

Dans les deux récits, donc, il est souligné que Marie enfanterait étant vierge, et que ce serait par le pouvoir de Dieu, qui est pleinement capable de faire même ce qui paraît impossible aux hommes.

« Il n’a jamais engendré, n’a pas été engendré non plus »

Selon le Coran, Allah « n’a jamais engendré, n’a pas été engendré non plus » (Sourate 112 – Al-Ilhas, aya 3). Il est vrai que certaines traductions françaises de la Bible emploient le mot « engendré » ou « seul engendré » en parlant de Jésus. Mais prenons le temps de comprendre de quoi il s’agit avant de conclure que la Bible enseigne sur ce point ce que le Coran nie catégoriquement. Comme nous venons de le voir, la Bible ne dit nullement que Dieu ait eu des rapports sexuels avec Marie et qu’il ait ainsi engendré un fils. Pas du tout. Ce n’est pas ce que les chrétiens croient. Non, nous avons affaire à ce qu’on appelle dans la littérature un « anthropomorphisme ». Ce long mot signifie simplement qu’en parlant de Dieu on emploie des expressions qui lui attribuent, de manière figurée, une forme ou des activités humaines. Et la Bible et le Coran emploient ce genre de langage. Par exemple, on parle de la main de Dieu (Sourate 48 – Al-Fath, aya 10), de la face de Dieu (Sourate 55 – Ar-Rahman, ayat 26,27) ou de l’œil de Dieu (Sourate 20 – Ta-Ha, ayat 38,29; Sourate 11 – Hud, aya 37) ; on en parle comme étant assis sur un trône (Sourate 57 – Al-Hadid, aya 4), ou comme un guerrier qui manient une épée. Ou en ce qui concerne le Christ, il est dit que Dieu l’a engendré. On ne prend pas ce langage au pied de la lettre, mais on cherche l’idée que ces expressions familières sont censées communiquer.

Quelle serait alors l’idée que la Bible veut communiquer par le mot « engendré » ? Cela dépend du contexte. Prenons deux passages où nous le trouvons : en Actes 13 l’apôtre Paul prêchait sur la résurrection de Jésus. Il essayait de convaincre ses auditeurs que la résurrection de Jésus était bien l’accomplissement des promesses qui concernaient la postérité de David, le Messie. Il cita le deuxième Psaume, un passage qui avait été employé lors du couronnement des rois d’Israël. Dans ce passage, Dieu dit au roi : « Aujourd’hui je t’ai engendré. » Évidemment le roi existait avant son couronnement. Il avait déjà été engendré dans le sens physique par son père biologique. Le mot « engendré » dans ce passage ne se référait pas à la naissance du roi mais à l’idée que Dieu reconnaissait le nouveau roi comme, dans un certain sens – figuré, bien sûr – son « fils » spécial. Les Juifs croyaient que le passage trouvait son accomplissement partiel dans les rois qui s’étaient succédés sur le trône de David, mais qu’il serait pleinement accompli par le Messie. Paul dit que Jésus fut « engendré » par sa résurrection. Ce passage ne se réfère donc ni à un moment avant la fondation du monde où Jésus aurait commencé d’exister, ni à sa naissance physique à Bethléhem.

Dans d’autres passages on trouve l’expression dans la Bible anglaise « only begotten of the Father » (c’est-à-dire « le seul engendré du Père »), ou selon la traduction française, le « Fils unique » (Jean 1.14; 3.16). Le mot grec dans ces passages est le mot monogenês, formé de monos (unique), et génos (espèce), et qui signifie « le seul de son espèce ». Certaines traductions, s’appuyant sur la traduction latine appelée la Vulgate, ont traduit ce mot par « seul engendré », mais ce mot avait depuis longtemps perdu son sens strictement physique – le mot parle simplement de l’unicité du Christ en tant que Fils unique de Dieu. Contrairement à ce que pensent les musulmans, Dieu a daigné appeler des hommes et des femmes ses « enfants » pour témoigner de l’amour qu’il a pour eux. Le fait que Jésus est appelé « Fils unique » le distingue nettement des ces autres « enfants » de Dieu. L’équivalent le plus proche du mot grec monogenês serait l’expression, « seul en son genre ».

Il y a toujours des idées que nous avons besoin d’aborder concernant la nature de Dieu et la relation qui existe entre Dieu et Jésus-Christ. Mais nous espérons avoir au moins corrigé certaines fausses conceptions de ce que croient les chrétiens : ils ne croient pas en trois dieux ; ils ne croient pas que Dieu ait eu des rapports sexuels avec Marie, et ils ne croient pas que Jésus ait été engendré dans un sens littéral.

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